REPUBLIQUE DU CAMEROUN Paix – Travail – Patrie REPUBLIC OF CAMEROON Peace – Work – Fatherland
# INTERVIEW
DE
# MONSIEUR LAURENT ESSO
MINISTRE D'ETAT,
MINISTRE DE LA JUSTICE, GARDE DES SCEAUX
ACCORDEE AU MAGAZINE « LE + DE REPERES » SUR
# LES REVENDICATIONS DE CERTAINS AVOCATS ANGLOPHONES
YAOUNDE, 22 DECEMBRE 2016
Monsieur le Ministre d'Etat, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, il y a quelques semaines, certains avocats dits anglophones se sont mis en grève. Ils se sont retrouvés dans les rues des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et réclamaient entre autres, la traduction des Actes Uniformes OHADA en anglais...
Permettez-moi d'abord d'apporter des clarifications sur une notion qui entretient la confusion.
La grève est le fait pour des salariés, après concertation, de cesser collectivement de travailler parce qu'ils ont exprimé une revendication professionnelle à leur employeur et entendent appuyer cette revendication professionnelle par une cessation de travail.
La cessation de travail, dans le sens où nous l'entendons, n'est pas nécessairement une manifestation bruyante, sur la voie publique, avec violences et destructions.
Dans le système judiciaire camerounais, la profession d'Avocat est une profession libérale. L'avocat n'est pas l'employé d'une juridiction.
L'avocat est rémunéré par un client pour qu'il exécute une mission précise auprès d'une juridiction.
En fait, l'Article 1er de la Loi de 1990 portant organisation de la profession d'Avocat dit : « La profession d'Avocat est une profession libérale qui consiste contre rémunération à assister et représenter des parties en justice, postuler, conclure ou plaider et donner les consultations juridiques ».
Si l'on parle donc de grève des avocats, cela ne concerne ni les juridictions, ni le Ministre de la Justice.
La grève de l'avocat ne concerne que ce dernier et son employeur, en l'occurrence, son client.
Dès lors, l'avocat qui cesse de représenter ou de défendre les intérêts de son client en justice devrait en répondre professionnellement au plan éthique et déontologique, puis disciplinairement devant le Conseil de l'Ordre.
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Je voudrais ajouter que la loi prévoit également que toute personne peut, sans l'assistance d'un avocat, se présenter elle-même devant toute juridiction, à l'exception de la Cour Suprême, ou postuler et plaider soit pour elle-même, soit pour son conjoint... etc.
Et dans les affaires criminelles où la présence d'un avocat est obligatoire pour la défense, les juridictions délivrent des réquisitions, des constitutions d'office qui imposent aux avocats désignés, de venir assister le mis en cause.
Vous le voyez, le fonctionnement des juridictions n'est pas nécessairement entravé par l'absence des avocats.
Le problème qui est donc posé par une manifestation bruyante dans la rue par des avocats qui sont supposés être des praticiens du droit, n'est pas bien posé.
Toutefois, il faut noter que la justice n'est pas rendue pour les avocats. La justice n'est pas non plus rendue pour les magistrats. La justice n'est pas rendue dans l'intérêt des juridictions. La justice est rendue au nom du Peuple Camerounais, pour les justiciables.