IETMONITORING GROUP
COMMUNIQUE
Nous, organisations de la société civile camerounaise engagées dans la conservation et la gestion durable des forêts, la protection de l'environnement et la défense des droits humains dans l'exploitation des ressources naturelles, réunies du 11 au 12 juin 2026 à Mbalmayo, exprimons notre profonde préoccupation face aux opérations d'exploitation forestière actuellement menées dans la Réserve de faune de Ngoyla et dans la Forêt communautaire Djoko sous le spécieux motif de la mise en œuvre du projet de fer de Mbalam.
Le permis d'exploitation minière attribuée à Cameroon Mining Company Sarl par le décret n°2022/395 du 17 août 2022 couvre une superficie de 768,5423 km² dans la commune de Ngoyla, département du Haut-Nyong, région de l'Est. Selon l'analyse cartographique des coordonnées figurant dans ce décret, le périmètre du permis recouvre notamment 40 038 hectares de la partie sud de la Réserve de faune de Ngoyla ainsi que l'intégralité de la Forêt communautaire Djoko.
Nos observations de terrain et les informations recueillies auprès des populations autochtones et communautés locales (PACL) indiquent que plusieurs ventes de coupe, dont les VC n°10 02 475 et n°10 02 509, auraient été attribuées à l'intérieur de la réserve.
COMMUNIQUE FINAL
Les organisations signataires constatent avec inquiétude :
L'absence d'informations publiques sur un éventuel déclassement partiel ou total de la Réserve de faune de Ngoyla, conformément aux exigences de l'article 17 alinéa 1 de la loi n°2024/008 du 24 juillet 2024 portant régime des forêts et de la faune ;
Le manque de transparence entourant l'attribution des ventes de coupe qui ne sauraient être attribuées sans un décret de déclassement rendu public comme mentionné précédemment ;
L'absence d'étude d'impact préalable faite en consultation avec les Peuples Autochtones ;
L'absence apparente de consultation préalable des parties prenantes concernées ;
L'octroi d'autorisations spéciales d'enlèvement de bois dans la Forêt communautaire Djoko sans consultation appropriée préalable ou du CLIP des peuples autochtones Baka ; La forêt communautaire Djoko, principalement orientée vers la conservation, constitue à l'heure actuelle, le seul espace de la zone où les peuples autochtones ont accès afin de mener leurs activités traditionnelles et cultuelles. Cette forêt a été attribuée comme compensation lors de la création de la Réserve de faune de Ngoyla au profit des Baka, et si elle est détruite, l'identité culturelle de ce peuple sera perdue ainsi que ses moyens de subsistance de base ;
La multiplication des alertes de déforestation enregistrées dans les deux espaces forestiers. Selon les données de Global Forest Watch (GFW), 42 566 alertes de déforestation ont été enregistrées dans la Réserve de faune de Ngoyla entre le 3 novembre 2025 et le 8 juin 2026. Dans la Forêt communautaire Djoko, 2 347 alertes ont été recensées entre le 9 décembre 2025 et le 8 juin 2026 ;
Les opérations en cours font peser des risques importants sur :
- Les sites sacrés et les espaces culturels des peuples autochtones ;
- La santé, la sécurité alimentaire et le bien-être des Peuples Autochtones Baka ;